L’alopécie androgénétique est la forme la plus courante de perte de cheveux chronique. Elle touche environ 50 % des hommes à l'âge de 50 ans et jusqu'à 80 % à l'âge de 70 ans, contre moitié moins chez la femme(2). Plus connue sous le nom de calvitie, elle se manifeste par une diminution de la densité capillaire qui évolue selon un schéma bien particulier chez l’homme et chez la femme. Souvent discrète au début, elle s’accentue généralement avec le temps.
Comprendre ses mécanismes, son mode d’apparition et d’évolution, et les différentes options pour en atténuer l’impact permet d’agir plus sereinement et d’adapter le plus tôt possible son comportement.
Qu’est-ce que l’alopécie androgénétique ?
L’alopécie androgénétique (AGA), aussi appelée alopécie androgénique ou calvitie, désigne une perte progressive et chronique des cheveux. Elle tient son nom de son origine à la fois hormonale et génétique, puisqu’elle est liée à une prédisposition familiale combinée à une sensibilité des follicules pileux (cavité dans laquelle poussent les cheveux) aux hormones androgènes(1).
L’alopécie androgénétique est le sous-type le plus courant d’alopécie (terme médical pour désigner une chute de cheveux).
Signes et évolution
L’alopécie androgénétique se manifeste différemment chez l’homme et la femme. Les scientifiques ont alors développé deux échelles de classification pour décrire les étapes d’évolution de la calvitie chez l’homme (échelle de Norwood-Hamilton) et chez la femme (échelle de Ludwig).
Les particularités de la calvitie chez la femme
Contrairement à l’homme, la calvitie chez la femme se manifeste davantage sur le dessus du crâne.
- La perte de densité capillaire est généralement diffuse sur le sommet du crâne, souvent avec un élargissement progressif de la raie centrale, tandis que la ligne frontale (front et golfes) reste en grande partie préservée.
- La miniaturisation des follicules conduit à des cheveux plus fins, plus clairsemés mais la calvitie est rarement totale chez la femme.
- L’évolution est souvent plus lente que chez l’homme. Son apparition peut survenir à tout âge après la puberté, mais sa fréquence augmente avec l’âge, notamment après la ménopause.
Échelle de Ludwig

Pour les femmes, l’Échelle de Ludwig reste la référence pour évaluer l’évolution. Elle décrit en général 3 stades (I à III).
- Stade I : cheveux clairsemés de manière diffuse au sommet du crâne, raie médiane légèrement élargie.
- Stade II : affinement plus important des cheveux, perte de volume plus conséquente.
- Stade III : cheveux très clairsemés, densité réduite mais pas de calvitie totale dans la majorité des cas.
Les caractéristiques de la calvitie chez l’homme
Chez l’homme, l’alopécie androgénétique suit un schéma particulier :
- Amincissement progressif des cheveux principalement au niveau des golfes temporaux du vertex (sommet du crâne), conduisant à une ligne frontale caractéristique en forme de « M ». Les stades avancés correspondent à une calvitie partielle ou quasi-totale, avec conservation d’une « couronne » de cheveux.
- La perte débute typiquement dès la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte.
Échelle de Norwood-Hamilton

Pour quantifier et classer l’évolution de l’alopécie masculine, on utilise la Échelle de Norwood Hamilton, qui comporte 7 stades (I à VII).
- Stade I : aucune perte notable.
- Stade II : début de recul aux tempes.
- Stade III : recul plus marqué aux tempes, apparition possible sur le vertex.
- Stade IV à VII : éclaircissement et perte progressive sur le vertex, éventuellement fusion des zones dégarnies, jusqu’à laisser une bande périphérique de cheveux.
Causes et conséquences de l’alopécie androgénique
Facteurs génétiques et hormonaux
L’élément déclencheur est l’action d’une hormone androgène, la dihydrotestostérone (DHT), issue de la transformation naturelle de la testostérone par l’enzyme 5 alpha réductase. Les follicules pileux situés à la racine des cheveux sont munis de récepteurs aux androgènes sur lesquels vient se fixer la DHT.
Dans certains cas, cette enzyme est plus active. Dans d’autres cas, certains follicules génétiquement prédisposés ont des récepteurs androgéniques plus nombreux ou plus sensibles, amplifiant l’effet de la DHT même si sa quantité est normale. [À l’origine, la DHT comme les autres hormones androgènes jouent un rôle essentiel dans la régulation du sébum et la croissance des poils par exemple.] Cependant, pour les follicules qui présentent une trop forte sensibilité à la DHT, celle-ci induit un raccourcissement du cycle capillaire et une miniaturisation progressive des follicules pileux, causant des cheveux de plus en plus fins, plus court, parfois dépigmentés et qui tombent prématurément. Lorsque le follicule est trop altéré, il ne produit plus du tout de cheveux.
La quantité de récepteurs varie entre les différentes zones du cuir chevelu ; le front et les tempes en ont généralement plus, d’où la perte de cheveux typique de la calvitie chez l’homme en ces zones.
L’alopécie androgénétique est influencée par les gènes de la mère et du père. Cette prédisposition familiale est d’autant plus marquée chez l’homme, qui a 5 à 6 fois plus de risque de développer une calvitie si son père est concerné(1).
Autres facteurs aggravants
Outre le facteur génétique et hormonal de l’alopécie androgénétique, de multiples facteurs peuvent accélérer la chute de cheveux :
- chez la femme, son évolution peut être influencée par la ménopause qui induit un déséquilibre hormonal (le niveau d’œstrogènes diminue et laisse plus de place aux androgènes pour se fixer), l’utilisation de contraceptifs hormonaux,
- chez les deux sexes, le stress à la fois psychologique ou cellulaire, les mauvais traitements capillaires, les déséquilibres métaboliques ou une mauvaise nutrition peuvent participer à la chute des cheveux.
Conséquences de l'alopécie androgénétique
La conséquence principale est une réduction progressive de la densité capillaire, ce qui peut altérer la qualité de vie, en termes de bien-être psychologique, d’estime personnelle ou de confiance en soi(3). Plusieurs études soulignent l’impact psychologique important de l’alopécie androgénétique, chez les femmes comme chez les hommes.
Diagnostic de l'AGA
Quand consulter ?
La consultation est particulièrement recommandée si la chute de cheveux est à l’origine d’un mal-être. Aujourd’hui, beaucoup d’hommes acceptent la situation et la vivent sans complexe. En revanche, l’impact psychologique est beaucoup marqué chez la femme, pour qui une chevelure dense, brillante et soyeuse est représentée dans la société comme un réel atout santé et beauté.
Si vous constatez une diminution de la densité capillaire qui persiste sur plusieurs mois, un élargissement de la raie médiane (chez la femme), un recul des golfes ou de la ligne frontale (chez l’homme), ou en cas d’antécédent familial significatif, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé, médecin et/ou dermatologue.
Examen clinique
Le diagnostic repose généralement sur un examen clinique accompagné d’un interrogatoire qui permet de fournir tous les renseignements nécessaires au spécialiste. Il peut vous questionner sur des ressentis, des antécédents médicaux ou familiaux, votre âge, si vous suivez un traitement, votre état de santé psychologique, etc. Ces questions sont nécessaires pour identifier le bon type d’alopécie parmi la multitude de formes existantes, et ainsi d’adopter le bon traitement.
En complément, la consultation permet au spécialiste d’observer le cuir chevelu, de mesurer la densité capillaire et d’évaluer la répartition des cheveux. Parfois un examen complémentaire est requis pour affiner le diagnostic, par exemple une analyse au microscope ou au trichoscope pour analyser l’état des follicules, un bilan sanguin pour identifier une carence ou un déséquilibre hormonal, etc.
Prévenir et lutter contre l’alopécie androgénétique
L’évolution de l’alopécie androgénétique est lente et progressive, ce qui rend la détection précoce utile pour envisager des interventions adaptées. Certaines approches préventives, cosmétiques et médicales permettent de préserver la chevelure restante. En revanche, elles ne prétendent pas faire repousser les cheveux dans les zones dégarnies, dont les follicules ne sont plus ou trop peu actifs.
1. Prévenir les facteurs aggravants
Éviter au maximum l’exposition aux facteurs aggravants permet de prévenir au mieux l’évolution de la chute des cheveux. Par exemple, portez un chapeau lors d’une exposition solaire, évitez les lieux très pollués, arrêtez l’utilisation d’appareils chauffants et les produits capillaires chimiques, adoptez une alimentation saine et variée, buvez suffisamment d’eau, etc.
En complément, des approches cosmétiques et médicales permettent d’améliorer la qualité des cheveux existants, de freiner la chute et de favoriser la croissance.
2. Les solutions cosmétiques
- Produits topiques densifiants : des soins capillaires tels que des lotions, des shampoings et des sérums anti-chute sont conçus pour freiner la chute, stimuler la croissance, apporter du volume et améliorer la qualité des cheveux. Ils n’influencent pas la cause profonde mais peuvent améliorer l’apparence globale de la chevelure.
- Coiffures adaptées : préférez les coupes plutôt courtes ou mi-longues pour ne pas alourdir la chevelure, et structurées pour donner un effet de mouvement. Pourquoi pas également agrémenter vos coiffures avec des accessoires de type bandeaux ou foulards, qui masquent les racines et donnent davantage de volume.
- Hygiène & soins doux : éviter les agressions (chauffage excessif, coiffages tirés, produits chimiques) qui fragilisent davantage les cheveux. Lavez-vos cheveux une à deux fois par semaine, sans frottements excessifs, et profitez-en pour masser votre cuir chevelu par mouvements circulaires, et rincez à l’eau tiède. Pour les sécher, utilisez un sèche-cheveux à faible température et tête en bas, afin de décoller les racines. Côté démêlage, munissez-vous d’une brosse à poils naturels, doux et souples puis brossez délicatement, sans à-coups pour ne pas casser les cheveux.
3. Solutions médicales
Les approches pharmacologiques qui interviennent sur le comportement des follicules font partie des méthodes les plus étudiées. Parmi elles, les traitements médicamenteux comme le Mioxidil topique et le Finastéride oral sont les mieux documentés(1, 2) :
- Le Minoxidil est un vasodilatateur qui favorise la croissance des cheveux et ralentit leur chute en prolongeant la phase anagène (croissance) du cycle capillaire, en stimulant la microcirculation du cuir chevelu et en augmentant la taille des follicules. Il est particulièrement utilisé chez la femme.
- Le Finastéride, un inhibiteur de la 5-alpha-réductase, empêche la conversion de la testostérone en dihydrotestostérone (DHT), mécanisme à l’origine de l’alopécie androgénétique comme expliqué plus haut. Il est utilisé chez l’homme, rarement chez la femme.
En complément, de nouvelles approches sont étudiées et ont montré des résultats positifs, telles que(1, 2) :
- La thérapie au laser à faible intensité stimulerait la croissance capillaire en améliorant l'activité cellulaire et la circulation sanguine dans le cuir chevelu.
- Les injections de plasma riche en plaquettes consistent à injecter dans le cuir chevelu des plaquettes concentrées provenant du sang du patient, libérant ainsi des facteurs de croissance qui peuvent stimuler les follicules pileux et améliorer la densité et l'épaisseur des cheveux.
- Le microneedling consiste à créer des microlésions qui améliorent la pénétration d'agents topiques tels que le minoxidil, et renforce donc leur efficacité.
Notez que l'efficacité de ces différentes options thérapeutiques varie considérablement d'un individu à l'autre, pour des raisons génétiques, des problèmes de santé associés et d’autres facteurs individuels.
4. Les solutions chirurgicales
Lorsque la diminution de densité est avancée, la greffe folliculaire peut être envisagée pour restaurer une densité visible dans les zones dégarnies. Cette dernière peut être efficace et donner des résultats esthétiques satisfaisants chez certains patients(1). Il s’agit d’une option à envisager avec un professionnel qualifié, lorsqu’on souhaite améliorer l’apparence capillaire de façon durable.
Alopécie androgénétique – Foire Aux Questions
Est-ce que les femmes peuvent avoir une calvitie ?
Oui, l’alopécie androgénétique est assez fréquente chez les femmes, en particulier à partir de la ménopause. Contrairement aux hommes, la perte de densité est plus diffuse, et sur le sommet du crâne, sans forcément atteindre la ligne frontale.
L’AGA est-elle la seule chute de cheveux d’origine hormonale ?
Non, d’autres types d’alopécies peuvent être liés à un facteur hormonal. Pour l’alopécie androgénétique, il s’agit d’une sensibilité accrue des follicules aux androgènes. Aussi, l’effluvium télogène est fréquent en post-partum en raison d’une chute brutale des œstrogènes. Enfin, la chute de cheveux peut être un symptôme d’autres maladies du système endocrinien comme l’hypo- ou l’hyperthyroïdie, le syndrome des ovaires polykystiques, etc.
L’alopécie androgénétique est-elle réversible ?
L’AGA cause une miniaturisation folliculaire qui rend les cheveux plus fins et fragiles. Lorsqu’un follicule est miniaturisé depuis trop longtemps, il devient si petit qu’il ne produit plus de cheveux visibles. Tant que le follicule est actif, certaines approches cosmétiques et médicales permettent de ralentir la progression ou d’améliorer la qualité des cheveux persistants. Un retour à l’état initial est cependant impossible, surtout dans les stades avancés.
Comment savoir si on présente une alopécie androgénétique ?
Si vous êtes une femme, vous constatez un éclaircissement très progressif et lent de votre cuir chevelu sur le dessus de votre crâne. Si vous êtes un homme, vous remarquez un léger recul des golfes temporaux. Ces premiers signes doivent vous pousser, si besoin, à consulter afin de confirmer l’origine génétique et hormonale. Chez la femme notamment, une alopécie androgénétique peut se confondre avec un effluvium télogène, lequel provoque aussi une chute diffuse mais sur une période beaucoup plus courte.
Quelle différence avec les autres types d’alopécies ?
L’alopécie androgénétique est le sous-type le plus courant d’alopécie (terme médical pour désigner une chute de cheveux). Bien d’autres formes d’alopécies existent, telles que l’effluvium télogène, l’alopécie areata, l’alopécie de traction, la teigne, etc. Toutes se distinguent principalement par leur cause d’apparition : hormonale et génétique, émotionnelle, médicamenteuse, traumatique, infectieuse, etc. En savoir plus sur les différents types de chutes de cheveux →
Sources :
(1)Ho CH, Sood T, Zito PM. Androgenetic Alopecia. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2025.
(2)Vila-Vecilla L, Russo V, de Souza GT. Genomic Markers and Personalized Medicine in Androgenetic Alopecia: A Comprehensive Review. Cosmetics. oct 2024;11(5):148.
(3)Mohamed AA, Al-khayat MA, Ahmed MH, Ali OF. Androgenic Alopecia In Female. Minia Journal of Medical Research. 1 janv 2024;35(1):229‑34.