Alopécie, calvitie, pelade, effluvium… Difficile de s’y retrouver parmi toutes les manières de nommer une chute des cheveux. En effet, la perte des cheveux est un signe aux multiples causes possibles. Elle peut être brutale ou progressive, temporaire ou définitive, diffuse ou localisée, etc. Dans cet article, découvrez toutes les formes de chutes de cheveux, comment faire la différence et quel comportement adopter lorsque l’on est concerné.
Diagnostiquer la chute de cheveux
Identifier l’origine d’une chute de cheveux peut s’avérer complexe en fonction de la multitude de paramètres à analyser. Les critères les plus significatifs sont :
- la quantité : le nombre de cheveux qui tombent est-il normal (une centaine par jour) ou plus important ?
- la durée : la chute est-elle chronique et dure depuis plus de 3 mois ou est-elle passagère ?
- l’intensité : est-elle aiguë, c’est-à-dire soudaine et brutale (10 % des cas) ou plutôt lente et progressive(1) ?
- la localisation : l’éclaircissement du cuir chevelu est-il diffus ou localisé (vertex, zone temporale, zone occipitale…) ? Par plaques circonscrites ou mal définies ?
- l’étendue : la chute ne s’étend-t-elle qu’au niveau du crâne ou bien atteint-elle aussi la barbe, les sourcils, les cils, la totalité du corps ?
- les symptômes visibles associés : principalement des rougeurs, desquamations et cicatrices.
Tous ces critères permettent au professionnel de santé d’orienter le bon diagnostic, à savoir le bon type d’alopécie. Lors de l’examen, ce dernier procède à une analyse visuelle et peut vous questionner sur la présence de signes associés non visibles telles que des démangeaisons, des douleurs, des picotements, mais aussi sur vos prédispositions familiales, votre historique médical, votre hygiène de vie et votre état psychologique. En effet, nous verrons que les traitements capillaires et l’équilibre émotionnel ont un rôle important à jouer dans la chute des cheveux.
Enfin, il peut prescrire une analyse plus poussée (bilans sanguins, biopsie…), et/ou la consultation chez un dermatologue, spécialiste de la peau et par extension du cuir chevelu.
Alopécie, calvitie, effluvium… Quelle différence ?
Le terme le plus général est « alopécie » : il fait référence à la chute des cheveux de manière globale. Cependant, il existe une multitude de types d’alopécies, telles que l’alopécie areata ou pelade, alopécie androgénétique ou calvitie, alopécie de traction, effluvium télogène, etc. Ces sous-catégories sont principalement caractérisées selon la cause d’apparition : génétique, hormonale, émotionnelle, traumatique, infectieuse...
Ainsi, la calvitie fait référence à un type de chute de cheveux : l’alopécie androgénétique, dont la nature est génétique et hormonale. La calvitie est plus fréquente chez les hommes mais elle existe aussi chez la femme.
Chez la femme à l’inverse, le type de chute de cheveux le plus fréquent est l’effluvium télogène. Il s’agit d’une chute réactionnelle, le plus souvent réversible, qui fait suite à un évènement traumatique passager (stress émotionnel, variation hormonale de la grossesse ou post-partum, prise de médicaments, etc.).
Pour y voir plus clair, il est d’usage de faire une première division entre les alopécies cicatricielles et non cicatricielles (la grande majorité des cas).
1. Les alopécies non-cicatricielles
Non-cicatricielle signifie qu’il y a une altération et non une destruction des follicules pileux. Par conséquent, la chute est totalement ou partiellement réversible, mais la repousse est possible. Souvent, les alopécies non-cicatricielles sont d’origine hormonale, émotionnelle ou nutritionnelle. Elles sont bien plus fréquentes que les alopécies cicatricielles, que nous détaillerons plus bas.
Effluvium télogène
• C’est quoi ? L’effluvium télogène (ET) correspond à un passage prématuré des cheveux en phase télogène, c’est-à-dire en phase de chute. Ainsi, les cheveux tombent de manière soudaine et abondante, entraînant un éclaircissement diffus du cuir chevelu.
• Causes et facteurs : changements hormonaux (troubles thyroïdiens, exposition solaire qui influence la production d’hormones, grossesse, arrêt de pilule, etc.), nutrition (carence en fer, zinc, vitamines B, etc.), stress (anxiété, choc émotionnel, chirurgie, drame familial, etc.), prise de certains médicaments…
• Signes : chute diffuse sur l’ensemble du cuir chevelu qui provoque un éclaircissement mais jamais de perte totale de cheveux (jusqu’à 50 % de chute).
• Qui ? Plus fréquente chez la femme.
• Durée : apparition environ 3 mois après le début de l’exposition au(x) facteur(s) déclenchant(s). Repousse en 3 à 6 mois en moyenne après l’arrêt de cette exposition.
• Que faire ? Bonne hygiène de vie (sommeil, gestion du stress…), alimentation saine et compléments alimentaires ciblés si besoin, soins capillaires adaptés, médication dans certains cas.
Effluvium anagène
• C’est quoi ? L’effluvium anagène (EA) correspond à un arrêt brutal de la croissance du cheveu en phase anagène, c’est-à-dire en phase de pousse. Comme le cheveu n’a pas le temps de pousser et de s’ancrer correctement, il se fragilise, se casse et tombe. La chute est généralement importante, soudaine et diffuse.
• Causes et facteurs : principalement radiothérapie, chimiothérapie, exposition aux toxiques.
• Signes : chute diffuse sur l’ensemble du cuir chevelu qui provoque un éclaircissement plus ou moins important (entre 50 et 90 % de chute).
• Qui ? Hommes et femmes.
• Durée : apparition environ 1 mois après le début de l’exposition au(x) facteur(s) déclenchant(s). Repousse après l’arrêt de cette exposition.
• Que faire ? Utilisation possible de soins stimulants (médicaments, compléments alimentaires).
Alopécie androgénétique (ou calvitie)
• C’est quoi ? L’alopécie androgénétique (AGA), ou calvitie, est en cause dans 90 % des cas de chutes de cheveux. Il s’agit d’une chute diffuse chronique, de cause hormonale et génétique.
• Causes et facteurs : facteurs hormonaux et génétiques (hypersensibilité des follicules aux androgènes, notamment la dihydrotestostérone ou DHT).
• Signes : chez l’homme, l’alopécie débute le plus souvent par un dégarnissement des tempes puis du sommet de crâne (voir les stades d’évolution selon la classification de Norwood-Hamilton). Chez la femme, la chute débute au sommet du crâne et s’y étend progressivement (voir les stades d’évolution selon la classification de Ludwig).
• Qui ? Touche plus précocement les hommes mais atteint aussi les femmes.
• Durée : Chute chronique et progressive. Elle peut débuter chez le jeune adulte. Si les cycles pilaires sont épuisés, la repousse est cependant impossible.
• Que faire ? Éviter les facteurs aggravants (exposition au soleil, stress, tabac…), médication (variable selon le sexe), alimentation saine, voire compléments alimentaires (vitamines B, zinc, acides aminés soufrés), potentiellement des soins dermocosmétiques pour réguler l’hyperséborrhée. Lorsque l’alopécie est source d’anxiété ou de complexe esthétique, le recours aux prothèses ou aux greffes capillaires sont envisageables.
L’alopécie areata (pelade)
• C’est quoi ? Maladie auto-immune provoquant une chute soudaine, localisée, souvent en plaques rondes parfaitement lisses, au niveau du cuir chevelu mais elle peut aussi atteindre la barbe et toutes les zones du corps.
• Causes et facteurs : origine immunitaire, parfois associée à un stress intense ou à une prédisposition génétique.
• Signes : chute localisée en plaques, uniques ou multiples, plutôt rondes, qui peut atteindre toutes les zones du crâne. Les plaques peuvent évoluer de manière rapide et se rejoindre. Elle peut entraîner un dégarnissement total du cuir chevelu (alopécie totalis) ou bien une perte de l’ensemble des cheveux mais également des poils du corps (alopécie universalis).
• Qui ? Hommes et femmes, à tous âges.
• Durée : La pelade peut régresser spontanément au bout de plusieurs mois ou au contraire récidiver et s'étendre.
• Que faire ? Corticoïdes topiques ou injections locales, médication en support, prothèse capillaire.
L’alopécie de traction
• C’est quoi ? L’alopécie de traction désigne une perte de cheveux causée par une traction excessive sur les tiges pilaires. Les coiffures très serrées sont le plus souvent mises en cause, mais l’alopécie de traction peut aussi survenir chez les enfants qui se tirent les cheveux à l’école par exemple, ou bien suspecter une situation de maltraitance ou un état psychologique compulsif (voir la partie ci-après sur la trichotillomanie)(2).
• Causes et facteurs : Elle est généralement liée à des types de coiffures comme les tresses, les queues de cheval ou les chignons serrés, les dreadlocks, le défrisage, les extensions, etc.
• Signes : recul de la ligne frontale, tempes dégarnies, casse du cheveu. La chute est souvent localisée, rarement diffuse.
• Qui ? Touche principalement les femmes, probablement en raison des intérêts esthétiques et de la longueur des cheveux. Elle concerne tous les types de cheveux selon les pratiques capillaires, mais les populations africaines et afro-américaines aux cheveux crépus sont souvent concernées en raison des défrisages fréquents et des coiffures très tirées.
• Durée : souvent chronique lorsqu’elle est due à des habitudes de coiffage. La durée dépend ainsi de la sévérité et de la chronicité de la chute des cheveux. Si le follicule n’est pas détruit, la repousse est généralement possible entre 6 à 12 mois après arrêt total des tensions.
• Que faire ? Modification des habitudes capillaires (préférer les coiffures lâches, arrêter l’utilisation de défrisants, de rajouts, etc.), brosser modérément et délicatement les cheveux, médication, alimentation saine voire compléments alimentaires anti-chute et fortifiants.
L’alopécie de traction est un cas fréquent d’alopécie traumatique mais d’autres existent comme l’alopécie de friction (par frottements répétés d’un chapeau, ou avec les mains), alopécie chimique (par teintures capillaires agressives, défrisants, lissants, etc.), alopécie thermique (brûlures, sèche-cheveux, bigoudis chauds, huile chaude, etc.).
Le cas spécifique de la trichotillomanie
• C’est quoi ? La trichotillomanie est un trouble du comportement caractérisé par le besoin d’arracher ses cheveux. Dans 20 % des cas(3), l’arrachement précède une trichophagie (la personne avale les cheveux arrachés).
• Causes et facteurs : ce trouble apparaît le plus souvent chez l’enfant ou le jeune adolescent ; il est secondaire à un stress psychologique important (conflit familial, coupe de cheveux imposée, etc.).
• Signes : dégarnissement du cuir chevelu ou des sourcils. L’alopécie se présente sous forme de zones irrégulières de cheveux courts, cassés à des longueurs différentes. Il peut y avoir des inflammations marquées par des rougeurs.
• Qui ? Souvent chez les jeunes enfants ou adolescents, mais aussi chez la femme adulte. Elle touche en particulier les personnes qui présentent un trouble psychiatrique, une détresse et des difficultés sociales, voire un retard mental.
• Durée : la trichotillomanie alterne des phases de pousse et d’alopécie qui suivent les périodes de crises ou d’impulsions. Si l’arrachage cesse, la repousse est généralement possible mais un arrachage répété sur une longue durée peut sévèrement endommager le follicule et à terme empêcher la repousse du cheveu.
• Que faire ? Traiter en priorité l’état psychologique (thérapie cognitive et comportementale, gestion du stress…). En complément, une médication anti-chute ou des soins fortifiants peuvent favoriser la repousse.
La teigne du cuir chevelu
• C’est quoi ? La teigne du cuir chevelu (tinea capitis) est une infection fongique qui entraîne une chute de cheveux localisée. Elle provient de dermatophytes, des champignons qui se nourrissent de kératine (cheveux, peau, ongles).Cette chute de cheveux est donc un symptôme de l’infection, et non une maladie d’alopécie primaire.
• Causes et facteurs : la teigne est une infection très contagieuse : les personnes qui vivent dans des conditions de promiscuité (maisons de retraite, écoles, crèches), à proximité d'animaux, qui sont immunodéprimés et/ou qui vivent dans des foyers avec des enfants atteints sont les plus exposés au risque d'infection.
• Signes : perte de cheveux localisée, souvent en plaques rondes avec des cheveux cassés à ras qui laissent de petits « points noirs » à la surface du cuir chevelu. Ces plaques sont généralement squameuses et parfois inflammatoires et s’accompagnent de démangeaisons.
• Qui ? La teigne touche principalement les enfants. Elle concerne jusqu’à 11 % des adultes de la population mondiale(5), en particulier les personnes âgées.
• Durée : La majorité des teignes sont non-cicatricielles ; les cheveux repoussent une fois l’infection traitée. Cependant, les formes inflammatoires sévères ou qui tardent à être traitées peuvent laisser des cicatrices qui empêcheront la repousse.
• Que faire ? Antifongiques oraux (indispensables) / Shampoings antifongiques en complément / Mesures d’hygiène pour éviter la contagion.
2. Les alopécies cicatricielles
Une alopécie cicatricielle signifie que les follicules sont détruits et remplacés par du tissu fibreux cicatriciel. La chute est donc irréversible ; il n’y a pas de repousse possible.
La chute est généralement d’origine inflammatoire, auto-immune, infectieuse, accidentelle ou congénitale. Ainsi, les alopécies cicatricielles peuvent être provoquées par exemple par le lupus érythémateux, le lichen plan, la sclérodermie, la sarcoïdose, certaines teignes et infections, les traumatismes, les brûlures, etc.(4).
En raison de leur caractère inflammatoire, les alopécies cicatricielles s’accompagnent d’une chute localisée ou diffuse de cheveux souvent associée à des rougeurs, des zones hyperkératosiques (en épaisseur), des plaques sèches, des inconforts, des sensations de brûlure ou de démangeaisons, etc.
En raison du nombre important de types d’alopécies cicatricielles et en raison de leur caractère inflammatoire, il est fortement recommandé de consulter un professionnel de santé et de ne pas tenter de gestion autonome de votre alopécie. Ce conseil vaut d’ailleurs aussi pour les alopécies non cicatricielles, en particulier lorsqu’elles sont persistantes ou récidivantes.
À savoir que beaucoup d’alopécies non cicatricielles peuvent devenir cicatricielles si leur cause n’est pas supprimée. La chronicité est un facteur majeur d’irréversibilité de la chute des cheveux.
Face à la diversité des types de chutes de cheveux, il apparaît essentiel de savoir reconnaître les principales caractéristiques. En effet, identifier une chute anormale permet de consulter au plus vite un professionnel de santé ; nous avons vu qu’une prise en charge tardive peut intensifier la chute ou la rendre irréversible. Si vous souhaitez en apprendre davantage, rendez-vous sur notre guide sur la chute des cheveux →
Sources :
(1) Beylot G. La chute des cheveux. Actualités Pharmaceutiques. 1 juin 2012;51(517):51‑4.
(2) Kluger N, Cavelier-Balloy B, Assouly P. Les alopécies par traction. Annales de Dermatologie et de Vénéréologie. 1 avr 2013;140(4):304‑14.
(3) Grant JE, Chamberlain SR. Trichotillomania. American Journal of Psychiatry [Internet]. 1 sept 2016 [cité 5 déc 2025]; Disponible sur: https://psychiatryonline.org/doi/10.1176/appi.ajp.2016.15111432
(4) Piérard-Franchimont C, Piérard GE. Comment j’explore ... les alopécies cicatricielles primitives. Rev Med Liège. 2012;67(1):44‑50.
(5) Hill RC, Gold JAW, Lipner SR. Comprehensive Review of Tinea Capitis in Adults: Epidemiology, Risk Factors, Clinical Presentations, and Management. Journal of Fungi. mai 2024;10(5):357.